Dimanche 23 novembre 2008
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Ce texte un peu long est publié en plusieurs
fois. Il est très intéressant sur la dimension d'"appareil stratégique capitaliste" du sport. Jacques Hennebert explique bien ici comment les capitalistes utilisent les évenements sportifs
pour modifier le paysage, développer les infrastuctures et déformer les mentalités pour faire du fric. Troisième partie : Plus gros, plus riche, plus fort… que les autres.
Z.Z
Jacques Hennebert : conseiller municipal et membre du comité des Jeux Olympiques en 1968, opposé à la
candidature de Grenoble pour 2018
jeudi 30 octobre 2008 par
Comité Anti-Olympique (CAO)
http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=174
http://www.hns-info.net/spip.php?article15999
Toute la ville a changé avec les Jeux. A part quelques petites opérations positives de rénovation de quartiers
insalubres, de logements à loyer modéré, la ville a été bouleversée. Les urbanistes ont fait passer le train plus au sud pour permettre l’agrandissement de la ville. Ça a entraîné des travaux
considérables. L’idée des élus de l’époque était de décentraliser le centre ville vers un "pôle sud", qui est Grand’Place. Grenoble s’est mis à changer à une vitesse folle.
Plus tard, en 73, y a eu le plan Bernard, un illuminé qui voulait mettre un million de personnes dans des tours
avec des autoroutes au pied, par exemple au Rondeau. C’est assez folklorique, mais il faut savoir à quoi on a échappé. En 68 c’était déjà dans l’air de faire du gigantisme et de ramener du monde
à soi comme étant une preuve de réussite.
Je critique le gigantisme et les élus qui se félicitent de la croissance. Les régions en croissance,
l’Ile-de-France, Rhône-Alpes et PACA, ont des élus qui se félicitent et qui s’attribuent les mérites de cette croissance et veulent la poursuivre coûte que coûte. On fait l’impasse sur
l’aménagement du territoire, sur l’équilibre des richesses entre régions. Tout ça on n’en parle plus, c’est la compétition entre régions. A Grenoble on a voulu un Grand Stade, un grand hôpital,
une grande Maison de la Culture, etc, parce que : "c’est moi, Destot". J’ai pris un peu de recul, ayant vécu plusieurs municipalités, ayant fait des erreurs moi-même, en particulier dans la
municipalité Dubedout, j’ai cautionné des trucs que j’aurais jamais dû cautionner. Ça m’autorise à dire que les gens qui ont du pouvoir ne savent même pas eux-mêmes qu’ils agissent,
inconsciemment, pour valoriser leur propre image et leurs propres actions. Le discours sur l’image et l’attractivité du territoire, c’est une maladie psychosomatique contractée par un grand
nombre d’élus, et contagieuse. Je parle à certains élus, je leur dis : "ça déconne, cette surconsommation, ça rime à quoi, on va droit dans le mur." Certains, comme Jacques Chiron
(NDR : adjoint aux Déplacements), me disent : "t’as raison, faut que j’en parle aux autres". (Rires). Mais ça n’avance pas vite.
Ce projet de gigantisme, aujourd’hui on s’en félicite. En 68 c’était dans l’air, mais moins clairement, on avait
encore quelques scrupules à l’afficher, l’époque était un petit peu dans la morale, et la morale exclut ce genre de comportement.
En 68 Grenoble était déjà dans une vitesse d’évolution plus rapide que d’autres villes, avec une population qui
augmentait régulièrement. Grenoble était connue comme une ville où venait beaucoup de main d’œuvre d’ingénieurs techniciens. Les Jeux, par la grandeur de l’événement international, par
l’investissement de l’Etat, ont provoqué une accélération : ce développement est devenu extrêmement rapide. C’était une volonté affichée et partagée.
Aujourd’hui on a le même discours. Ce sont surtout les communes de la Métro qui sont en croissance. Toutes
proportions gardées, l’accélération en 68 était sans doute plus forte. Je ne sais pas ce qu’ils nous concoctent dans le comité pour 2018, ils vont peut-être nous sortir des cartons des trucs
complètement délirants. Il y a une espèce de collusion entre leur désir de nous refiler la rocade en douce et le besoin de grandeur de certains élus.
(A suivre... Prochain et dernier post : Les Jeux de 2018, le Sillon alpin et la croissance)