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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 18:36

Le foot, opium du peuple

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/27/le-foot-opium-du-peuple_1111479_3232.html


U
ne nouvelle fois, un match "amical" de football opposant l'équipe de France à une équipe du Maghreb a été l'occasion d'une explosion de chauvinisme et de xénophobie. Gouvernement, responsables politiques et supporters se sont en effet livrés à une consternante surenchère d'expressions ethnico-identitaires, communautaristes, nationalistes, à la limite du racisme, que seul le football est capable d'engendrer, et in fine de légitimer ou de banaliser au nom d'une passion infantile qui confine à l'intoxication mentale. Pascal Boniface, qui pense que la Terre est ronde comme un ballon, soutenait il y a quelques mois encore, avec Lilian Thuram et le sociologue Michel Wieviorka, que "ce n'est pas le football qui crée le racisme. Il est même au contraire un puissant vecteur d'ouverture sur les autres et de fraternité".

Les très nombreuses insultes, provocations et violences racistes et antisémites que l'on constate sur tous les stades d'Europe depuis plusieurs années, avec l'extension des groupes d'extrême droite - ultras, fascistes, skins, néonazis -, attestent bien évidemment le contraire.

Le football enkyste en effet les identités nationales ou régionales dans des identifications mystificatrices (les Bleus, les Verts, les Sang et Or, les Blanc et Noir, etc.), qui ne peuvent pas ne pas engendrer des comportements de rejet et de haine de l'autre, et surtout des désirs de revanche ou de vengeance (mettre une "raclée", une "déculottée", une "branlée"...).

Que ce soit pour les Bleus ou pour les Rouges, contre la France pour la Tunisie, contre la Tunisie pour la France, c'est dans un même élan irrationnel d'identification mimétique à la mère patrie ou à des mythes nationaux que se produisent ces stigmatisations de l'adversaire et ces désignations de boucs émissaires, comme on l'a vu pour les huées adressées à Hatem Ben Arfa, international français d'origine tunisienne, quasiment considéré comme un "traître" ou un "harki".

Contrairement aux illusions de tous ces intellectuels qui ne veulent voir dans le football qu'un jeu de balle qui permettrait l'intégration républicaine, la concorde civile et l'amitié entre les peuples, la réalité effective des terrains montre qu'il remplit surtout une fonction réactionnaire de dépolitisation, de grégarisation régressive et d'exutoire aux frustrations.

La Marseillaise copieusement sifflée au Stade de France a été ainsi l'occasion d'une vaste opération de diversion idéologique en pleine crise financière. Indignés par cette "insulte" à la France, la droite, Nicolas Sarkozy et ses ministres ont immédiatement récupéré l'affaire et dénoncé cet affront à l'"identité nationale", ses symboles et ses valeurs.

 

"OUTRAGE À L'HYMNE NATIONAL"

 

Le député UMP Lionel Luca demandait aux siffleurs de "faire leur valise pour réintégrer le pays de leur origine". Bernard Laporte ne voulait plus de rencontres contre les équipes du Maghreb au Stade de France, Michèle Alliot-Marie entendait porter plainte pour "outrage à l'hymne national", tandis que Jean-Marie Le Pen dénonçait sans surprise "l'utopie de l'intégration des masses étrangères à notre culture". Le gouvernement proposait même d'interrompre les matches où l'hymne national serait sifflé.

On imagine les mesures de sécurité destinées à évacuer les stades et à contrôler des milliers de supporters chauffés à blanc ! Pour M. Sarkozy, "l'amour profond du football" invite donc les contribuables à financer la bunkerisation militaro-policière des stades et de leurs alentours. Michel Platini, président de l'UEFA, qui semble oublier les responsabilités propres du football-business, et notamment les massacres du Heysel en 1985 et de Sheffield en 1989, prétend que le football est "pris en otage par le monde politique" (Le Monde du 18 octobre).

Or, c'est l'inverse qui se produit : les hommes politiques sont non seulement sous l'emprise de la folie foot, mais c'est l'espace public dans son ensemble qui est gangrené par l'hystérie des pelouses vertes. C'est bien le football dans son ensemble, ses mercenaires en crampons, ses affrontements belliqueux dans des "matchs à hauts risques", ses mouvements de foule dans le cadre d'une mise en scène guerrière chargée en émotions archaïques et en effets d'ambiance - haut-parleurs, banderoles agressives, hymnes nationaux, levées de drapeaux, chants vengeurs - qui est la source ultime de tous les "incidents", "dérapages", "excès", "déviations", "bavures".

Sepp Blatter, président de la FIFA, le sait pertinemment : "Quand un nationalisme exacerbé s'ajoute à la passion et à l'émotion, cela devient explosif" (L'Equipe du 16 octobre). Plutôt que d'arrêter les matches, il serait donc peut-être temps de songer à zapper le football, opium du peuple.


Sofia Bouratsis, master de philosophie, université Paris-I ;

Jean-Marie Brohm, professeur de sociologie, université Montpellier-III ;

Olivier Gras, doctorant en sociologie, université Montpellier-III ;

Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel sport ?

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commentaires

ultra87 03/12/2008 11:44

les ultras ne sont pas violents et ne diffusent pas la violence faut pas abuser dans la connerie t'es unniversitaire et surement pas membre d'un groupe ultra donc tu parles du mouv sans y connaitre grand chose!!!

Va voir le site des Ultramarines Bordeaux 1987 dans mentalité et historique et tu comprendras davantage le truc!!!!!

ZZ 29/10/2008 11:48

D'accord avec toi ex-wal (la plage me manque un peu, je dois dire). Mais ce n'est pas étonnant. Les signataires de ce texte sont les méchants petits proprios de la Critique du Sport(TM) qui ne militent qu'au sein de l'université et des salles de rédac'chefs. Aucune base sociale.
Ceci étant dit, je n'en ai pas non plus, de base sociale... ;-)

Ex-Wal 29/10/2008 11:34

Je n'arrive pas à savoir à qui s'adressent des universitaires qui parlent de foot dans "Le Monde". Dommage, au passage, qu'ils n'aient pas rappelé que la Marseillaise est régulièrement sifflée sur les stades européens sans que personne n'en fasse un barouf, que les supporters tunisiens ont pour habitude de systématiquement huer l'hymne adverse, notamment lors de la Coupe d'Afrique, que ce qui s'est passé au Stade de France n'était en aucun cas une surprise, même si la ministre s'est endormie avant la fin du match -- et qu'ils tronquent et utilisent ainsi la déclaration de Platini, plutôt courageuse dans le contexte.

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