Le sport est une emprise sur l'activité physique, une clôture pour la rentabiliser. Il tient le corps dans sa poigne de fer. Il
enferme ses jeux, ses efforts, dans un système de mesures, afin de classer, comparer, hiérarchiser. Il presse l'activité physique sans fin pour en exiger une plus-value
perpétuelle.
On ne peut pas séparer le sport de la logique compétitive imposée aux êtres humains. A l'affrontement sportif correspond la lutte
pour la survie, le "struggle for life" du capitalisme.
A quoi sert le sport dans la société ? Conjointement à d'autres drogues, à administrer la misère nous dit justement Coupat dans
le texte publié aujourd'hui dans Le
Monde
Dans le même esprit, j'avais un jour effrontément détourné le célèbre aphorisme de Marx sur la religion :
Le sport est le soupir de la créature accablée par le malheur, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'il est l'esprit d'une époque sans esprit. C'estl'opium du peuple.
Vous avez le droit de lire l'interview de Coupat en entier à partir du lien ci-dessus.
Z.Z
La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce
qui se concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l'existence
dite "normale". Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la
pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.
Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait
l'effet d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de
méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre
des barbelés et à cause d'eux.