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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 18:06

Il serait tout de même temps de publier ici quelques textes de réflexion sur le sport. Pour faire avancer un peu les idées.

Commençons par un essai de définition des mots. Parce que c'est la base, non ?

Ces textes seront consultables aussi sur les pages fixes : ici.

Bises

Zinedine Z.

 

Sport, jeu ou activité physique ?

 

C’est parce que l’idéologie compétitive colonise efficacement les mentalités qu’il nous semble important de ne pas confondre par le même mot des pratiques différentes.course-de-levriers.JPG

Si l’on nomme aujourd’hui “sport” presque toute activité physique, l’étude historique montre que ce système institutionnalisé de pratiques compétitives est une forme particulière et datée, récente, de culture physique, qui a peu à peu colonisé le monde, grâce à l’expansion de l’industrialisation, du capitalisme (qu’il fût privé ou d’état), et à la progression des idées libérales (aux deux sens du terme). J.-M. Brohm parle d’un processus de sportivisation, selon lequel “le sport de compétition refoule toutes les pratiques corporelles autochtones et traditionnelles”. C’est pourquoi nous ne confondrons pas les mots “jeu”, “activité physique” et “sport”, qui représentent des pratiques bien différentes. Les “histoires du sport” qui établissent une filiation entre le sport actuel et les jeux de l’Antiquité, du Moyen Age ou de la Renaissance veulent faire croire que l’histoire de l’humanité devait nécessairement aboutir à notre culture occidentale. L’objectif, conscient ou non, est de présenter la compétition et l’affrontement comme l’aboutissement logique de toute activité physique.

 

Or le sport n'est ni éternel ni universel. C'est une pratique sociale datée et étroitement déterminée par la bourgeoisie anglaise du XIXe siècle et le capitalisme industriel. Il en reproduit et propage les principales valeurs :

 

  • Le souci constant de la mesure et du rendement tend à effacer constamment une certaine idée du jeu libre et gratuit ainsi que les comportements jugés inefficaces.
  • L'idéologie du progrès, qui en est le corollaire, voudrait nous faire croire que courir plus vite se propulser plus et plus fort améliore l'individu et le genre humain.
  • La compétition et l'élimination des faibles est "la dure Loi du sport", celle du plus fort. La tricherie et la violence, à condition de ne pas se faire prendre (cela s'apprend dans les clubs), en sont les instruments privilégiés.
  • La hiérarchie devient légitime. "Que le meilleur gagne" ne précise pas ce que devient le moins bon, ni que les meilleurs sont en fait toujours les mêmes parce qu’ils ont les moyens de le rester.
  • La prétendue supériorité de l'homme sur la femme y est entérinée alors que de nombreuses activités physiques, artistiques, d'entretien ou des jeux traditionnels prouvent le contraire et permettent de témoigner de la richesse supérieure de la mixité.

 

Champ et enjeu de la lutte entre les groupes sociaux, le sport est une idéologie qui réussit à confondre en son giron toutes les activités physiques. Ses valeurs s'imposent alors comme naturelles, alors qu'elles ne le sont pas. L'Institution sportive disqualifie ainsi toute pensée critique à son égard. L'Union Sacrée qui s’impose chaque année à l'occasion de Coupe du monde ou de Jeux Olympiques le prouve. Des millions d'êtres humains dans le monde étaient, de par leur culture ou leurs conditions de vie précaires, totalement en dehors d'un tel spectacle marchand. Ils le sont de moins en moins. Des sommes folles sont investies pour les y intégrer, alors que la pauvreté et la maladie gagnent toujours plus de terrain.

                                

A l’inverse, pour nous, le jeu, c'est l'activité physique libre, dont les règles et les limites sont fixées par les joueurs eux-mêmes. Le plaisir en est le principal but. Le corps ludique est débridé, potentiellement incontrôlable, libertaire, donc. On peut considérer que l'activité physique d'entretien en dérive, tant qu'elle ne se fixe pas des objectifs de « dépassement de soi ou des autres ». Car on rentrerait alors dans le domaine du sport, dont l'essence est la mesure, le record, le rendement, la concurrence.

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Publié par Zinedine Z. - dans Beauté du sport
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  • : Le blog de Zinedine Z.
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  • : Ce blog prétend déjouer l'hypocrisie du discours dominant sur le sport. Le sport est une emprise sur l'activité physique, une clôture pour la rentabiliser. Il tient le corps dans sa poigne de fer. Il enferme ses jeux, ses efforts, dans un système de mesures, afin de classer, comparer, hiérarchiser. Il presse l'activité physique sans fin pour en exiger une plus-value perpétuelle. On ne peut pas séparer le sport de la logique compétitive imposée aux êtres humains. A l'affrontement sportif correspond la lutte pour la survie, le "struggle for life" du capitalisme.
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