Ce blog prétend déjouer l'hypocrisie du discours dominant sur le sport. Le sport est une emprise sur l'activité physique, une clôture pour la rentabiliser. Il tient le corps dans sa poigne de fer. Il enferme ses jeux, ses efforts, dans un système de mesures, afin de classer, comparer, hiérarchiser. Il presse l'activité physique sans fin pour en exiger une plus-value perpétuelle. On ne peut pas séparer le sport de la logique compétitive imposée aux êtres humains. A l'affrontement sportif correspond la lutte pour la survie, le "struggle for life" du capitalisme.
La production mondiale annuelle d'érythropoïétine (EPO) serait, selon Sandro Donati, expert italien auprès de l'Agence mondiale antidopage (AMA), cinq à six fois supérieure à la quantité nécessaire pour couvrir les besoins thérapeutiques (traitement des anémies ou des insuffisances rénales). Une des explications tient à l'existence d'un important marché noir à destination des sportifs. Selon une étude financée par l'Union européenne en 2002, le marché noir des produits dopants représenterait plusieurs milliards d'euros par an en Europe.
Toujours à l'affût des dernières molécules capables d'améliorer leurs performances, certains sportifs sont prêts à tout, y compris jouer les cobayes pour bénéficier des effets d'un médicament avant les autres.
En 2004, la police italienne a ainsi découvert avec stupeur que des coureurs cyclistes n'avaient pas hésité à tester une molécule, la CERA (Continuous Erythropoiesis Receptor Activator), alors qu'elle était toujours en phase d'études cliniques.
Développée par le laboratoire pharmaceutique suisse Roche dans le but de traiter les anémies associées aux maladies rénales chroniques et aux cancers, la CERA avait rapidement été rebaptisée "super-EPO" dans le peloton parce qu'elle permettait d'améliorer la production de globules rouges - et donc le transport d'oxygène vers les muscles - de façon beaucoup plus prolongée que les autres formes d'EPO (Aranesp, Dynepo).
L'enquête de la police italienne n'a pas permis d'établir comment les coureurs étaient parvenus à se procurer ladite molécule. La publicité de l'affaire a, en revanche, conduit le laboratoire suisse à collaborer avec l'AMA pour permettre aux autorités antidopage de mettre au point un test de détection capable de retrouver la CERA - commercialisée depuis peu - dans les urines ou le sang des sportifs qui continueraient à l'utiliser, pour l'heure en toute impunité. Une étude clinique est en cours au Laboratoire suisse d'analyse du dopage, à Lausanne.