Je vous transcris ici un extrait d'un article qui est paru dans la revue "Agone" de mai 2008.
http://atheles.org/agone/revueagone/agone38et39/
Bonne lecture
Z.Z
La volonté d'élever les villes olympiques au "premier rang" bénéficie en général aux populations les plus aisées.
C'est au
privilège des élites que la ville-hôte entre dans le club des villes mondiales, mais les pauvres et les
défavorisés sont chassés et s'en trouvent un peu plus marginalisés, alors même que la ville devient une destination touristique
mondiale. L'augmentation des prix de l'immobilier en avantage certains (les propriétaires fonciers et immobiliers) au détriment d'autres (les locataires et les bas revenus). Principales victimes
des méga-événements, les plus désavantagés sont massivement présents dans les zones vouées au réaménagement, aux embellissements et à la gentrification1. Ils sont le plus souvent
locataires ou ne jouissent pas de titres de propriété clairs et définitifs. Les groupes affectés de façon particulièrement disproportionnée sont les minorités ethniques (comme les Roms à
Athènes), les personnes agées (particulièrement dans le cas de Barcelone et Sydney), les handicapés physiques ou mentaux, les vendeurs de rue (par exemple à Séoul et très certainement à Beijing),
les travailleurs du sexe (auxquels Barcelone fit particulièrement la guerre), et les travailleurs migrants (Beijing).
Une sorte "d'état d'exception mental" accompagne en général l'annonce de la sélection de la candidature de la
ville aux JO. Cette opportunité est considérée comme tellement importante pour la ville qu'elle réclame ou justifie des mesures d'exception pour se concrétiser. Dans ce contexte, la population et
ses dirigeants acceptent plus facilement une simplification des procédures, la limitation des droits et autres mesures jugées "nécessaires" pour tenir le calendrier et mettre de l'huile dans les
rouages. On voit généralement d'abord apparaître des mesures criminalisant les sans-abri qui, en d'autres circonstances, paraîtraient sans doute tout à fait inacceptables. D'autres mesures
d'exception peuvent abaisser le niveau de protection des locataires, modifier les règles d'urbanisme et de chantiers et limiter les droits civiques. Ce climat de fébrilité peut biaiser les
décisions publiques au bénéfices des élites urbaines, permettre des niveaux d'endettement exceptionnels et mener à l'éradication de bidonvilles pour réduire la visibilité de la pauvreté en
ville2.
1 Le terme de "gentrification" a été avancé par la sociologue marxiste anglaise Ruth Glass dans son article "London : aspects of change" en 1964. Il s'agissait de dénommer ainsi la "colonisation
progressive des quartiers populaires autour de la City de Londres par une population nantie".
Dans cette même revue "Agone" 38/39, on lira avec intérêt un article à ce sujet :
« Comment la gentrification est devenue, de phénomène marginal, un projet politique global »,
Mathieu Van Criekingen
À la faveur du tournant néolibéral des années 1980, la gentrification s’est hissée au rang de projet politique et de vision normative du futur de la ville que gouvernements urbains et « partenaires
» privés s’activent à mettre en œuvre. Pas plus les agglomérations de vieille industrie lourde telles Manchester, Bilbao ou Liverpool que des villes régionales telles Lyon, Malmö, Ljubljana ou
Leipzig n’échappent aujourd’hui au phénomène.
2 voir, en anglais : http://www.idrc.ca/en/ev-32007-201-1-DO_TOPIC.html