Ce blog prétend déjouer l'hypocrisie du discours dominant sur le sport. Le sport est une emprise sur l'activité physique, une clôture pour la rentabiliser. Il tient le corps dans sa poigne de fer. Il enferme ses jeux, ses efforts, dans un système de mesures, afin de classer, comparer, hiérarchiser. Il presse l'activité physique sans fin pour en exiger une plus-value perpétuelle. On ne peut pas séparer le sport de la logique compétitive imposée aux êtres humains. A l'affrontement sportif correspond la lutte pour la survie, le "struggle for life" du capitalisme.
Renault, qui s'est adjoint les services de la Cegos, un cabinet de conseil, pour l'organisation de cette journée, avait choisi comme thème le rugby : "Non pas parce qu'il y a eu la Coupe du monde, mais plutôt parce que les valeurs de ce sport répondent bien à ce que l'on cherche, à savoir la cohésion", explique Bernard Ollivier, directeur des établissements d'ingénierie. Coût total de l'opération : 5 millions d'euros. "Pas un coût, mais plutôt un investissement", préfère dire M. Ollivier.
Pour l'occasion, les 1 500 chefs d'UET (unité élémentaire de travail) s'étaient transformés en capitaine d'équipe. Auparavant, ils avaient reçu une formation adaptée, un kit d'animation comprenant un DVD explicatif, des fiches et un ballon en carton. Chaque salarié devait, lui, se glisser dans la peau d'un "rugbyman". Il devait puiser dans des mots - fierté, collectif, leader, relations humaines... - et des photos de rugby - mêlée, placage... - pour s'exprimer, notamment sur l'esprit d'équipe.
Certains salariés ont joué le jeu à fond, amenant drapeaux de clubs de rugby ou encore ballon ovale, mais d'autres n'ont pas du tout apprécié. "On n'est pas des clowns, on n'a pas fait l'école du cirque !", lance Alain Guéguène, élu SUD. Toutefois, "les gens se sont un peu lâchés, évoquant la charge de travail, les projets de plus en plus nombreux et des délais de plus en plus courts pour les réaliser", ajoute M. Guéguène.
Selon Marcel Sarpeaux, élu CFE-CGC et secrétaire du comité d'établissement, la charge de travail et l'adaptation des ressources aux besoins sont souvent revenues dans les discussions. Mais, selon lui, les retombées de cette journée sont plus positives que négatives. "Certains salariés m'ont déjà dit qu'il fallait recommencer", affirme-t-il.
Pour mesurer le taux d'appréciation, la direction a envoyé un questionnaire. "Nous avons déjà reçu 3 000 réponses : entre 75 % et 80 % des gens se disent satisfaits de la qualité des échanges", se félicite M. Ollivier. Rendez-vous est déjà prix pour une autre "journée de l'équipe".