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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 09:57

Vikash Dhorasoo pose ici de bonnes questions, en particulier celle de l'investissement affectif des foules pour le sport, et le foot en particulier. Les mercenaires en crampons, ne poursuivent en fait que leur propre intérêt : gloire, puissance, argent. Cela réclame de l'agressivité, qui s'étale d'ailleurs sur la place publique. C'est sans doute ce même fantasme par procuration qui motive les adorateurs des vedettes en culottes courtes : adulation en cas de victoire, haine et sacrifice expiatoire en cas de défaite.

Mais ne nous y trompons pas, Vikash Dhorasoo tente en fait de récupérer les déçus du sport. A l'instar d'un certain courant de gauche qui veut faire croire qu'un capitalisme à visage humain est possible, ce foot de gauche, dont le mensuel So foot (faut que j'écrive un truc sur ce mouvement de gôche) est la voix médiatique, veut nous enfumer avec un sport cool, sans excès, sans violence. Ca fonctionnera sûrement avec ceux qui veulent continuer à assumer leur passion sans complexe. Et puis, faut que le fric sportif continue à couler, malgré tout. Mais c'est oublier que l'introducteur principal des sports anglais en France, j'ai nommé le Baron de Coubertin lui-même désavouait ce doux rêve :

"Le sport, ce n'est pas l'exercice physique bon pour tous au point de vue de l'hygiène à condition d'être sage et modéré. Le sport est le plaisir des forts ou de ceux qui veulent le devenir physiquement et moralement. Il comporte donc la violence, l'excès, l'imprudence. Rien ne le tuerait plus sûrement que de le vouloir emprisonner dans une modération qui est contraire à son essence."  (Le sport, élément de paix (sic), publié dans Centenaire Pierre de Coubertin, Paris, Presses de l'imprimerie nationale, 1964)

Tricherie, violence, dopage continueront donc. On parie ? sportifs-chics-et-branches.jpg

Bises

Zinedine Z. 

 

Vice-champion du monde en 2006, Vikash Dhorasoo préside Tatane (www.tatane.fr), mouvement pour un football joyeux et durable.

 

Mardi dernier, la France a perdu. Enfin, pour être précis, l'équipe de France de football a perdu mollement son troisième match de l'Euro 2012 contre l'équipe de Suède. "Insupportable", "honteux" pour de nombreux spécialistes.

 

Pourtant, comme le disait le Kaiser Franz : "Au foot, il n'y a qu'une seule possibilité : perdre, gagner ou faire match nul." Ou encore Ronaldo la lose - le Brésilien, pas le Portugais : "On a perdu parce qu'on n'a pas gagné." Lorsqu'un match débute, on sait que l'on peut perdre. C'est même toute la beauté et le plaisir du jeu : la défaite au football n'a pas de conséquences graves, contrairement à une fermeture d'usine, une élection fâcheuse ou une erreur de manipulation dans une centrale atomique.

 

Il y a aujourd'hui peu d'espaces dans notre société dans lesquels on a le droit de perdre. Pourquoi diable la déroute face à la Suède du galactique Zlatan est-elle devenue grave ?

 

"Honte ", "humiliation", "défaite insupportable", "aucun amour-propre"... On pensait ces mots réservés à d'autres domaines. Vivons-nous vraiment dans un monde dans lequel onze gars qui encaissent deux buts sont censés faire honte à tout un pays ? Que s'est-il passé pour que nous placions tant de choses, dont notre honneur, sur le dos de quelques post-adolescents aux capacités sportives hors normes ?

 

Après vingt-trois matchs sans défaite, la France du foot a eu honte de son équipe, honte de joueurs censés représenter une cause dont ils n'ont jamais entendu parler. Deux ans après Knysna, la France du foot ne sait toujours pas perdre, et encore moins apprendre de ses défaites.

 

De l'avis général, les joueurs de l'équipe de France ont plutôt mal joué, face à une équipe détendue parce que éliminée. Ils se sont tout de même qualifiés et nous ont donc offert la joie de pouvoir assister à un France-Espagne en quarts de finale d'un Championnat d'Europe. Une belle promesse pour tous ceux qui aiment vraiment le football.

 

Pour le reste, les joueurs savent très bien comment ils ont joué et en partie pourquoi. Ils sont des sportifs de haut niveau et détestent perdre, maladivement. Nous, commentateurs, après ces matchs, nous avons des sujets d'échange quasi infinis qui stimulent l'imagination ! Je ne vois pas ce que le mot "honte" vient faire là-dedans.

 

La beauté du foot tient aussi aux millions de points de vue et de regards sur un même geste, sur un même sport. Les commentateurs amplifiés (Larqué, Balbir, Ménès, etc.) préféreraient qu'on "la ferme" et qu'on les écoute déverser leur haine populiste. Personnellement, je préfère simplement couper le son.

 

Je n'ai jamais attendu des joueurs de foot qu'ils soient des exemples pour mes enfants ni des représentants de la France. Je vais régulièrement voter pour élire des gens pour cela. Comme l'a si bien dit le joueur russe Archavine après l'élimination de son équipe à l'issue des phases de poules, ce sont les attentes projetées sur les joueurs qui sont problématiques, pas les joueurs.

 

Qui est en droit de juger où placer le curseur du "bon" Français , du "bon" exemple ? Combien de supposées victoires pour avoir le droit d'être aimé ? La supposée image de l'équipe de France existe-t-elle ailleurs que dans les médias qui en vivent ? A quel moment a-t-on mérité son statut, son salaire, sa notoriété ? Pourquoi la faculté à résister au stress ou la capacité à prendre des décisions dans l'instant sur un terrain serait moins valorisée que dix années d'études ? On juge une société à la façon dont elle traite ses perdants. En cas de défaite face aux Espagnols, on saura un peu plus dans quel pays nous vivons.

 

Vikash Dhorasoo, footballeur

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Publié par Zinedine Z. - dans Beauté du sport
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  • : Ce blog prétend déjouer l'hypocrisie du discours dominant sur le sport. Le sport est une emprise sur l'activité physique, une clôture pour la rentabiliser. Il tient le corps dans sa poigne de fer. Il enferme ses jeux, ses efforts, dans un système de mesures, afin de classer, comparer, hiérarchiser. Il presse l'activité physique sans fin pour en exiger une plus-value perpétuelle. On ne peut pas séparer le sport de la logique compétitive imposée aux êtres humains. A l'affrontement sportif correspond la lutte pour la survie, le "struggle for life" du capitalisme.
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