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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 06:01

C'est noël, les petits patineurs s'amusent sur la glace.

Un article de Rue89 transmis par Alexis.

Bises

Zinedine Z.

 

Pourquoi laisser les hockeyeurs américains se bastonner à mort ?

 

Sept mois après le décès de Derek Boogaard, le plus gros bagarreur de la NHL, les examens médicaux révèlent que son cerveau était sévèrement endommagé. Et relancent la polémique sur l'intérêt des combats dans le hockey sur glace.

 

 

En NHL (le championnat de hockey nord-américain), la bagarre fait partie du show. Quelques minutes plus tôt, Paul, 43 ans et supporter des Rangers « depuis toujours », confiait :

« Vous savez, les gens viennent aussi ici pour les bagarres. C'est un peu comme payer pour un match de hockey et avoir un combat de boxe gratuit. Ça fait partie du spectacle. Alors, même si elles sont un peu dangereuses, je dis : gardons les bagarres ! »

Un peu dangereuses ? Pas qu'un peu, surtout pour ceux dont c'est la spécialité. Les Américains les appellent les enforcers ; les Canadiens, les goons et les Québécois, les bagarreurs. Leur point commun ? Ils sont bien plus physiques que techniques. Leur rôle ? Intimider l'adversaire, défendre un coéquipier harcelé par ses défenseurs, ou, plus rarement, défier le joueur en vue de l'équipe adverse.

 

De la grosse baston oui, mais avec des règles

 

Le plus souvent, les bagarres se déroulent entre les deux enforcers, selon des règles bien établies. Six pages du règlement de la NHL y sont consacrées.

Quand une bagarre éclate, les joueurs doivent lâcher crosses et gants, et obéir si l'arbitre décrète la fin du combat, le plus souvent quand l'un des deux joueurs met un genou à terre.

Officiellement, les bagarres sont punies, mais les cinq minutes habituelles de pénalité restent peu dissuasives. Résultat : en NHL, une bagarre éclate en moyenne tous les deux matches.

Ces dernières années, Derek Boogaard était le plus connu et le plus redouté des bagarreurs. Avec son physique de camionneur (2 m pour 120 kilos), le Canadien avait vite compris que c'est avec ses poings qu'il pourrait faire carrière chez les pros.

Rarement vaincu sur la glace, Boogaard est mort le 13 mai dernier à 28 ans, terrassé par un cocktail d'alcool et de comprimés antidouleurs. Il était devenu accro à ces médicaments, qu'il avalait par poignées, selon ses proches, pour être capable de se battre, encore et encore.

 

Bilan de feu Boogaard : 70 bagarres, 3 buts

 

En six ans et 277 matches en NHL, Boogaard a disputé 70 combats, récolté près de 600 minutes de pénalité et marqué… 3 buts. Piètre hockeyeur, mais incomparable cogneur, il était payé 1 600 000 dollars par an par son club des New York Rangers.

A la suite de son décès, sa famille a donné son cerveau au Center for the Study of Traumatic Encephalopathy (le centre d'étude des encéphalopathies traumatiques : CSTE) de l'université de Boston.

Les résultats, révélés récemment dans une longue enquête du New York Times, sont accablants : le colosse canadien souffrait d'encéphalopathie traumatique chronique (CTE), des atteintes qui s'apparentent à l'Alzheimer.

Son état était si grave qu'il aurait sans doute sombré dans la démence dès la quarantaine. Le docteur Ann McKee, qui a examiné le cerveau de Boogaard, a confié au New York Times :

« Voir autant de tissus endommagés ? Pour nous, scientifiques, c'est un moment où on se dit “ waouh ” ! Tout le cerveau était en train de se détériorer. »

Ce qui a frappé les chercheurs, c'est que ces atteintes neurologiques –qu'on ne peut diagnostiquer que post-mortem– était à un stade beaucoup plus avancé chez Boogaard, 28 ans, que chez Bob Probert, un autre bagarreur décédé en 2010, à 45 ans.

Le pedigree de Boogaard (174 combats au cours de toute sa carrière, et une vingtaine de commotions cérébrales, selon sa famille) y est sans doute pour beaucoup.

 

Le patron de la ligue pro minimise

 

Depuis sa création, en 2008, le CSTE de Boston a examiné les cerveaux de nombreux ex-athlètes, et son dernier communiqué est frappant :

« Le docteur Ann McKee a analysé les cerveaux de plus de 70 anciens athlètes, et plus de 50 présentaient des signes de CTE, dont 14 des 15 anciens joueurs de la NFL [Ligue professionnelle de football américain, ndlr], ainsi que des joueurs de football universitaire, d'autres joueurs de hockey, des lutteurs et des boxeurs professionnels. »

Pour les chercheurs, peu de doutes : les coups répétés à la tête, lors de collisions au football américain ou de bagarres au hockey, entraînent des maladies dégénératives.

 

Pourtant, alors qu'une bonne partie de la communauté scientifique tire la sonnette d'alarme, le patron de la NHL, lui, met en doute ces études. Lors d'une conférence de presse, Gary Bettman a ainsi déclaré :

« Nous n'avons pas assez de résultats significatifs pour en arriver à cette conclusion. Nous ne savons pas si ces joueurs avaient d'autres facteurs en commun ».

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  • : Ce blog prétend déjouer l'hypocrisie du discours dominant sur le sport. Le sport est une emprise sur l'activité physique, une clôture pour la rentabiliser. Il tient le corps dans sa poigne de fer. Il enferme ses jeux, ses efforts, dans un système de mesures, afin de classer, comparer, hiérarchiser. Il presse l'activité physique sans fin pour en exiger une plus-value perpétuelle. On ne peut pas séparer le sport de la logique compétitive imposée aux êtres humains. A l'affrontement sportif correspond la lutte pour la survie, le "struggle for life" du capitalisme.
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